69. BAKMA : ce film ne cherche pas à nous plaire, et c’est tant mieux!



Hier soir, j’ai assisté à l’avant-première de BAKMA de Abdelhamid Bouchnak. Une nuit très agitée et un sommeil discontinu plus tard, je n’ai toujours pas retrouvé mon calme. Ce n’est pas une façon de parler : ce film m’a perturbée en profondeur, et je crois que c’était voulu par le réalisateur. 

Un film qui pose sa caméra là où ça fait mal!

Quand les lumières se sont rallumées, on arrivait à peine à applaudir tellement on étaient toutes et tous encore sous le choc des images perturbantes. Les gens se regardaient à peine, comme si chacun-e avait besoin d’un moment pour reprendre pied. Certaines images sont d’une brutalité psychologique rare. Je ne parle pas de violence gratuite, mais de ce malaise qui s’installe sous la peau et qui reste, même quand l’écran s’éteint.

Et pourtant, c’est justement ce qui rend le film si fort. Il ne détourne pas le regard, et il nous oblige à ne pas le détourner non plus.


Les blessures de l’enfance, l’engrenage de la violence

Le film dissèque avec une justesse troublante les traumatismes enfouis de l’enfance. Il montre comment le harcèlement peut devenir un engrenage dont on ne sort pas indemne, et comment une souffrance jamais entendue peut finir par nourrir quelque chose de sombre, jusqu’à la psychologie de ces tueurs guidés par la vengeance.

Je n’en dirai pas plus pour ne rien gâcher à celles et ceux qui iront le voir. Ce que je peux dire, c’est que rien n’y est traité à la légère. Chaque scène semble nous demander : et si on avait agi plus tôt ? Et si quelqu’un-e avait écouté l'appel à l'aide ?



Ce qui m’a le plus bouleversée : les chiens errants

Le sujet qui m’a le plus marquée, c’est la façon dont le film met en lumière les failles révoltantes de notre système juridique face aux cruautés faites aux animaux, et notamment le massacre des chiens errants.

Ce que le film montre, nous le savons toutes et tous. Nous avons vu ces scènes dans nos rues, ou entendu parler de ces pratiques, visionné des vidéos, et nous avons souvent détourné les yeux, parce que c’est plus confortable pour notre santé. Le film nous enlève ce confort. Il nous place devant une réalité que nous préférons ignorer et il demande, sans détour : jusqu’à quand ?

Ce n’est pas un détail de l’histoire, c’est un miroir tendu à notre société. Et ce que j’y ai vu m’a révoltée.


« Ce film n’est pas fait pour plaire »

Lors des échanges après la projection, le réalisateur a été clair dans son discours: ce film n’est pas fait pour plaire. Il est fait pour ouvrir les yeux sur des réalités qui existent dans notre pays, ici, maintenant.

Il a aussi insisté sur sa volonté de voir les lois changer pour bannir définitivement ces pratiques. Ce n’est pas un film qui s’arrête au générique: il appelle à une prise de conscience, et à une action.

Je trouve cette démarche rare et courageuse. Dans un paysage où l’on cherche souvent à rassurer, à divertir, à ne froisser personne, voir un cinéaste assumer de déranger pour réveiller les consciences, ça force le respect. Un film qui ose ça est un geste citoyen.

Un cinéma qui prend des risques

C’est une œuvre audacieuse, sans précédent dans le paysage cinématographique tunisien. Bravo à toute l’équipe pour cette prise de risque, qui paie. Le jeu des acteurs est saisissant et la réalisation vous coupe le souffle. On sent un vrai parti pris, une vraie vision.

Et pour celles et ceux que cela inquiéterait : aucun animal n’a été maltraité durant le tournage

Alors, faut-il aller le voir ?

Oui, mais préparez-vous. Ce n’est pas un film « agréable », et vous n’en sortirez probablement pas léger. Vous en sortirez, comme moi, avec des images en tête et des questions qui résistent.

C’est peut-être exactement ce que le cinéma devrait faire parfois : nous secouer assez fort pour qu’on se demande ce qu’on est prêt-e-s à changer.


https://bakma.film/ 






Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

49. Nos fiançailles: tout, lui et moi

68. Une journée qui m’a reconnectée à l’essentiel 🌿